Alerte sécurité : une faille dans Microsoft Copilot permettait de voler vos données en un clic — que faire maintenant ?

Une vulnérabilité critique a été découverte dans Microsoft Copilot, le compagnon d’IA intégré à de nombreux produits de Redmond. Baptisée « Reprompt » par les chercheurs qui l’ont mise en lumière, cette faille permettait à des attaquants de récupérer des données personnelles d’un utilisateur simplement via un lien malveillant. Le correctif a déjà été déployé par Microsoft, mais l’incident pose de nombreuses questions sur la sécurité des assistants conversationnels et sur la manière dont nous devons les intégrer à notre quotidien numérique.

Comment fonctionnait l’attaque Reprompt ?

Le scénario décrit par les chercheurs de Varonis est d’une simplicité redoutable et d’une efficacité inquiétante. L’attaque démarre par l’envoi d’un e‑mail de phishing contenant un lien. La victime clique sur ce lien — sans avoir besoin d’ouvrir explicitement Copilot ni d’activer un plugin ou un connecteur spécial. Le mécanisme repose sur un paramètre d’URL (le paramètre q) qui contient des instructions — des prompts — destinées à être exécutées automatiquement par Copilot lorsque la page est chargée.

En chargeant la page compromise, la victime déclenche donc une série de requêtes vers un serveur contrôlé par l’attaquant. Ce serveur renvoie des prompts supplémentaires au chatbot, d’où le nom « Reprompt » : une chaîne de re‑prompts orchestrée à distance. Les protections embarquées dans Copilot, selon Varonis, peuvent être contournées dans ce flux, ce qui permet au chatbot de divulguer des éléments sensibles issus de l’historique de conversation ou de données de profil.

Quelles données étaient à risque ?

Selon la description technique, les informations exposées allaient du nom et de la position géographique aux adresses e‑mail, en passant par des mots de passe — sans oublier des renseignements plus contextuels comme des éléments d’un plan de voyage ou des disponibilités financières évoquées au sein des conversations. Autrement dit, Reprompt ne visait pas seulement des données techniques, mais aussi des éléments personnels exploitables pour des attaques ultérieures : usurpation d’identité, extorsion, arnaques ciblées, etc.

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Pourquoi les protections de Copilot ont-elles été contournées ?

Les systèmes de sécurité des assistants conversationnels reposent sur plusieurs niveaux de filtrage : détection d’instructions dangereuses, limitation des exfiltrations, vérifications contextuelles, etc. Varonis explique que la chaîne de prompts envoyée par le serveur malveillant exploitait des transitions et des dépendances entre prompts qui échappent à certains modèles de détection. En pratique, la logique d’exécution automatique de prompts à partir d’URL n’a pas été correctement encadrée, ouvrant une fenêtre d’attaque où des instructions légitimes et malveillantes s’entremêlaient.

Réponse de Microsoft et état du correctif

Microsoft a réagi rapidement après la signalisation de la faille. Un correctif a été développé et déployé pour neutraliser la possibilité d’exécution automatique de prompts à partir d’URLs non fiables et pour renforcer les contrôles sur la divulgation d’informations sensibles. Les détails opérationnels du patch n’ont pas été rendus publics dans l’immédiat pour éviter une exploitation « zero‑day » pendant la période de mise à jour.

Cependant, l’éditeur a aussi souligné la nécessité pour les entreprises et les utilisateurs de rester vigilants : même si la vulnérabilité technique est colmatée, les méthodes d’ingénierie sociale — phishing, liens piégés, faux sites — restent un vecteur majeur d’intrusion. La meilleure défense passe par une stratégie combinée : correctifs, paramétrage restrictif, surveillance et formation des utilisateurs.

Conséquences pratiques pour les utilisateurs et les entreprises

Plusieurs implications opérationnelles méritent d’être signalées :

  • Revue des applications intégrant Copilot : les administrateurs doivent vérifier quelles versions et quels scénarios d’intégration ont été utilisés, surtout lorsqu’un accès à l’historique des conversations ou aux données d’entreprise est possible.
  • Politiques de restriction des URL externes : limiter la possibilité pour un assistant d’exécuter des contenus fournis depuis des pages web non vérifiées.
  • Renforcement des règles de conduite pour les employés : ne pas cliquer sur des liens suspects, éviter d’utiliser des assistants pour stocker des informations sensibles et recourir à l’authentification forte pour l’accès aux environnements critiques.
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    Un signal d’alarme pour l’écosystème des assistants IA

    Reprompt illustre un problème structurel : les assistants conversationnels opèrent à l’intersection de la donnée personnelle, de l’automatisation et de la connectivité web. Leur utilité — la capacité à automatiser des tâches complexes via des prompts — est aussi leur principal vecteur de risque lorsque ces prompts peuvent être manipulés par des tiers. La complexité des chaînes d’exécution rend la détection des comportements malveillants plus difficile.

    Il apparaît donc nécessaire de repenser certaines présomptions de conception : validation stricte des entrées externes, sandboxing renforcé des exécutions de prompts, journalisation et auditabilité des conversations, et surtout, limitation par défaut des sorties de données sensibles. En clair : prévoir la méfiance comme paramètre par défaut, puis lever progressivement les restrictions en cas de besoin avéré.

    Que peuvent faire les utilisateurs dès maintenant ?

  • S’abstenir de cliquer sur des liens non sollicités et signaler toute tentative de phishing à leur service de sécurité.
  • Éviter de confier des mots de passe, numéros financiers ou autres données sensibles à un assistant conversationnel.
  • Mettre à jour immédiatement les produits Microsoft concernés dès que les correctifs sont disponibles et suivre les recommandations de l’éditeur.
  • Pour les entreprises : effectuer un audit des flux Copilot, contrôler les permissions d’accès aux historiques et données, et communiquer un plan clair de remédiation aux équipes.
  • Reprompt n’est pas qu’une faille parmi d’autres : c’est un rappel brutal que l’accélération de l’IA dans nos outils quotidiens doit s’accompagner d’une maturité en sécurité et en gouvernance. Le correctif de Microsoft éteint ici l’incendie immédiat, mais la question plus large reste : comment concevoir des assistants puissants, utiles et suffisamment résilients face aux tactiques d’ingénierie sociale ?

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