Artemis II : le lanceur SLS arrive sur la rampe — répétition générale avant le décollage historique en février
Le géant du lancement spatial américain a franchi aujourd’hui une nouvelle étape concrète vers le retour d’équipage près de la Lune : le lanceur Space Launch System (SLS) d’Artemis II a été transféré sur la rampe 39B du Kennedy Space Center. Après un acheminement long et solennel, l’objet de milliers de centaines d’heures de conception va entrer dans sa phase finale de préparation avant le test de répétition générale qui précédera le décollage prévu début février.
Un transport lent et symbolique
Le convoi a parcouru les quelque 6,4 kilomètres séparant le Vehicle Assembly Building (VAB) de la rampe de lancement à bord du Crawler Transporter 2, le colosse chenillé conçu il y a plus de soixante ans. Le déplacement a duré près de 12 heures, la vitesse maximale n’ayant pas excédé environ 1,32 km/h. Ce déplacement n’est pas qu’un rite : il matérialise la bascule du projet depuis l’assemblage vers la phase opérationnelle sur la rampe, là où seront menés les derniers checks avant une répétition générale essentielle.
Wet Dress Rehearsal : la répétition qui compte
Les équipes techniques s’apprêtent désormais à conduire le Wet Dress Rehearsal (WDR), une répétition générale grandeur nature au cours de laquelle le lanceur sera rechargé en ergols cryogéniques (hydrogène et oxygène liquides) et soumis à un compte à rebours simulé qui s’arrêtera trente secondes avant le lâcher. Contrairement au test de démonstration effectué en interne plus tôt, cette fois‑ci l’équipage ne montera pas à bord : la navette Orion Integrity restera vide. Le WDR vise à tester tous les systèmes du lanceur sur la rampe — alimentation, pompes, valves, instrumentation et procédures d’urgence — et à vérifier que l’infrastructure au sol réagit comme prévu.
Jusqu’au lancement : fenêtres et marges
La date visée pour le lancement d’Artemis II est le 6 février (7 février en Europe). Cependant la NASA a déjà prévu des fenêtres supplémentaires, ouvertes jusqu’au 6 avril, en cas d’aléas. Si le WDR révèle des problèmes non résolus sur place, les équipes disposent de la procédure prévue : renvoi au VAB, corrections, et nouveau transfert vers la rampe pour une nouvelle tentative. Cette flexibilité demeure nécessaire pour un programme de l’envergure d’Artemis, où la sécurité prime et où la complexité technique multiplie les points de vigilance.
Orion, rattrapée par l’expérience d’Artemis I
Au sommet du SLS repose la capsule Orion Integrity, l’habitacle pressurisé qui transportera les quatre astronautes d’Artemis II. Depuis le vol d’Artemis I, des enseignements concrets ont été tirés, notamment concernant l’usure du revêtement thermique AVCOAT du bouclier. Les équipes d’ingénierie ont identifié les causes d’une consommation plus marquée de certaines tuiles et ont adapté la trajectoire de rentrée atmosphérique pour Artemis II afin de réduire les contraintes thermiques. Les ingénieurs assurent que ces ajustements maintiennent les marges de sécurité nécessaires pour la protection de l’équipage.
La mission en bref : ce que fera Artemis II
Artemis II est conçue comme une mission habitée de test en orbite lunaire : la durée prévue est d’environ dix jours. La capsule Orion déposera son équipage en transit translunaire, effectuera un survol de la Lune à une distance importante (quelques milliers de kilomètres au‑delà de la face visible) puis reviendra pour un amerrissage contrôlé dans l’océan Pacifique. L’objectif : vérifier, en conditions réelles, les systèmes de survie, la navigation et la communication à grande distance avec des humains à bord, étape indispensable avant un hypothétique alunissage humain programmé pour Artemis III.
Les enjeux techniques et humains
Au‑delà du spectacle, ce transfert vers la rampe et le WDR qui s’annonce soulèvent plusieurs enjeux techniques : garantir la fiabilité des chaînes cryotechniques, valider l’intégration entre SLS et Orion, éprouver la coordination sol‑équipage et confirmer les procédures d’urgence. Du point de vue humain, Artemis II représente le retour tangible d’êtres humains dans l’environnement lunaire, opération vitale pour restaurer une expertise de mission lointaine et préparer les opérations plus ambitieuses à venir.
Ce que nous surveillerons
Pour les prochaines étapes, plusieurs indicateurs seront clés : le bon déroulement du Wet Dress Rehearsal, l’absence d’anomalies lors du chargement des ergols, et la confirmation des marges thermiques lors des simulations de rentrée. La communauté scientifique et les observateurs du programme spatial suivront également les compte‑rendus d’intégrité structurelle et d’assurance qualité. En cas de succès du WDR, la NASA pourra confirmer la fenêtre de lancement et enclencher la préparation finale pour l’embarquement et le décollage.
Le déplacement du SLS sur la rampe marque donc le passage à une phase où l’aboutissement d’années d’effort technique devient tangible. Les semaines qui viennent seront décisives pour mesurer la capacité de la NASA à conduire une mission habitée au‑delà de l’orbite terrestre, à la fois dans la rigueur des procédures et dans la maîtrise des risques.


