Elon Musk prédit : le travail deviendra un hobby — voici pourquoi sa vision inquiète autant qu’elle fascine
Le travail bientôt un « hobby » ? Décryptage de la prophétie de Musk (et des doutes qui l’accompagnent)
Lors d’un récent échange public, Elon Musk a formulé une prévision ambitieuse : dans dix à vingt ans, le travail deviendrait optionnel, presque comparable à un loisir. Une vision que Bill Gates semble, dans les grandes lignes, partager — tous deux imaginent un futur où l’intelligence artificielle et la robotique prendraient en charge l’essentiel des tâches utiles, laissant aux humains le loisir d’exercer une activité par plaisir, non par nécessité. Cette perspective a de quoi fasciner : promesse d’abondance, promesse de liberté. Mais elle soulève aussi de nombreuses questions économiques, sociales et politiques qu’il serait imprudent d’ignorer.
Ce que Musk et Gates annoncent, en clair
Selon Elon Musk, la combinaison avancée d’IA et de robots automatisera une grande partie des tâches répétitives et pénibles, rendant l’emploi largement optionnel pour une part importante de la population. Jensen Huang (NVIDIA), présent au même forum, nuance : « le travail de chacun sera différent », suggérant une redistribution des activités plutôt qu’une disparition pure et simple. Bill Gates, de son côté, évoque aussi la possibilité d’un basculement des modèles de travail, posant même la question de la semaine de travail réduite.
Les conditions obscures d’un tel basculement
À l’origine du discours se trouve une hypothèse technique : l’automatisation complète de la production de biens et services. Mais la mécanique économique qui rendrait possible la redistribution de la richesse n’est pas expliquée. Qui possédera les usines de robots, les plateformes d’IA, les données ? Si le capital productif reste concentré entre les mains d’une minorité, la simple automatisation ne suffit pas à assurer un revenu ou un niveau de vie décent à ceux qui « n’auront plus besoin de travailler ». Sans mécanismes redistributifs, qualitatifs et institutionnels (impôts, transferts, revenu universel, coopératives, propriété partagée), l’abondance promise peut rester théorique.
Quels métiers sont réellement menacés — et lesquels résistent ?
Les tâches répétitives, standardisées et prévisibles sont les premières candidates à l’automatisation : production industrielle, traitements administratifs routiniers, certaines fonctions logistiques, et même des pans du service client. Mais des professions reposant sur l’empathie, la créativité, le jugement contextuel ou le lien humain — enseignants, soignants, psychologues, artisans d’art — résistent mieux aux seuls algorithmes. Gates le rappelle implicitement : diagnostiquer une maladie, tenir la main d’un patient, ajuster une décision dans l’urgence, gérer une relation humaine — autant d’éléments difficiles à réduire à une suite de règles.
Les transitions douloureuses : quand le discours oublie la réalité sociale
Entre la vision futuriste et la réalité quotidienne, il y a un fossé : aujourd’hui, des millions de personnes vivent déjà la précarité, le chômage structurel ou des emplois mal rémunérés. Dire que le travail deviendra « un hobby » dans deux décennies ne change rien aux transitions nécessaires entre ces états. Les problèmes concrets à régler sont nombreux :
Les réponses politiques et économiques possibles
Plusieurs pistes émergent du débat public pour canaliser les bénéfices de l’automatisation :
Le rôle des entreprises technologiques
Les entreprises qui développent l’IA et la robotique ont une responsabilité non seulement technique, mais aussi sociale. La question de l’accès aux technologies, de l’éthique de leurs usages, et de la gouvernance des plateformes est centrale. Sans initiatives publiques ou accords volontaires (codes de conduite, redistribution des gains), la technologie risque d’accroître la concentration de pouvoir et de richesse.
Ce que cela signifie pour le citoyen aujourd’hui
Pour la majorité des citoyens, la prédiction de Musk et Gates ne doit pas servir d’alibi à l’immobilisme. La perspective d’un travail optionnel ne doit pas occulter les urgences : garantir un filet social robuste, investir dans l’éducation et la formation, adapter les systèmes fiscaux et institutionnels. Chacun peut aussi agir à son niveau : développer des compétences souples, s’engager dans des formes d’économie collaborative, participer au débat public sur la redistribution des gains technologiques.

