Banques : 15 milliards de profits au S1 2026… mais 5 600 postes supprimés — le scandale derrière les chiffres record
Bénéfices bancaires records en Italie : plus de 15 milliards au S1 2026… à quel prix social ?
Les cinq principaux groupes bancaires italiens — Intesa Sanpaolo, Unicredit, Banco BPM, Monte dei Paschi di Siena et BPER — ont affiché des résultats semestriels exceptionnels : plus de 15 milliards d’euros de bénéfice net cumulés sur les six premiers mois de 2026, un niveau historique. Mais derrière ces chiffres flatteurs se lit une autre réalité, moins reluisante : fermeture d’agences, suppressions d’emplois et redistribution des revenus qui suscitent tensions et interrogations sociales.
Des performances tirées par l’assurance et la gestion d’actifs
Le premier fait saillant est la nature des sources de revenus : la croissance des activités d’assurance (+24,2 %) et des commissions (+6,3 %) confirme le rôle croissant du « wealth management » et du placement de produits financiers dans la structure de revenus des banques. Tandis que le traditionnel marge d’intérêt stagne, les services associés au patrimoine et aux commissions compensent et dopent la rentabilité.
Résultat : le Return on Equity (ROE) moyen au 30 juin 2026 atteint 15,1 %, soit environ cinq points de plus que la moyenne des grandes banques européennes, selon les chiffres publiés.
Un paradoxe : rentabilité maximale et destructions d’emplois
Si les bénéfices augmentent, la structure humaine et physique du secteur se contracte. Entre janvier et juin 2026, 333 agences ont été fermées et 5 621 emplois ont disparu au sein des principaux groupes, d’après l’analyse de la Fondation Fiba pour le syndicat First Cisl. Le coût du personnel, en valeur absolue, reste stable ; mais sa part dans les revenus a fortement diminué, tombant à 23,1 %, soit une baisse de 8,7 points depuis fin 2022.
Pour le secrétaire général Riccardo Colombani, cette dynamique s’explique par un « risiko » concurrentiel où chaque acteur cherche à améliorer ses marges et ses parts de marché, parfois au prix de réorganisations massives. Le syndicat réclame une redistribution des gains vers les salariés et l’ouverture de négociations contractuelles prioritaires, notamment pour faire face à l’impact de l’automatisation et de l’intelligence artificielle.
Qualité du crédit et performances opérationnelles
Sur le front du risque crédit, les indicateurs restent rassurants : le ratio des créances détériorées rapportées au total des prêts se maintient à un niveau bas (1,1 %), tandis que le coût du risque demeure contenu. Les encours de prêts repartent à la hausse (+6,3 %) et la collecte directe progresse (+3,6 %), tout comme la gestion d’actifs (+4,6 %). Ces éléments témoignent d’un retour à une activité commerciale plus dynamique après une longue période de prudence.
Monte dei Paschi de Siena illustre ce mouvement : la banque a publié un bénéfice net supérieur à 1,1 milliard d’euros au semestre (+25,3 %), porté par la hausse des commissions et d’autres revenus financiers, et affiche un ratio CET1 fully loaded à 16,3 %, offrant une marge de manœuvre significative vis‑à‑vis des exigences réglementaires.
Les leviers de la rentabilité : où se cachent les effets structurels ?
Impacts sociaux et enjeux pour les relations de travail
Le syndicat alerte sur la nécessité d’un « partage des gains » : pour les représentants du personnel, la montée des profits exige une amélioration des protections, une revalorisation des conditions de travail et un renouvellement du contrat national de travail prenant en compte la transition numérique. Les suppressions d’emplois et la fermeture d’agences exacerbent le besoin d’un dialogue social structuré pour accompagner les salariés — formation, reconversion, garanties — face à la transformation du secteur.
Intelligence artificielle et restructuration : priorité à la formation
Les banques évoquent souvent l’automatisation et l’IA comme des éléments clefs pour améliorer l’efficacité. Pour les syndicats, cela ne doit pas signifier un « laisser‑faire » : il faut intégrer la formation continue, négocier des protections sociales, et prévoir des mécanismes d’accompagnement. Le renouvellement du contrat national est avancé comme un instrument prioritaire pour encadrer ces changements.
Questions de gouvernance et responsabilité des actionnaires
La rentabilité retrouvée met aussi en lumière les responsabilités des actionnaires et des décideurs : comment utiliser ces marges ? Réinvestissement, distribution de dividendes, politique salariale, soutien à l’emploi local… Les choix stratégiques des directions auront des conséquences durables sur le paysage financier national. La consolidation des grandes banques et la recherche de performance peuvent également renforcer la concentration du secteur, avec des risques et des bénéfices pour le système financier et l’économie réelle.
Points à suivre
La lecture de ce semestre est donc double : d’un côté, la confirmation que le modèle bancaire italien sait encore générer des profits considérables ; de l’autre, l’ombre d’un modèle social fragilisé par des décisions structurelles. Entre efficacité économique et justice sociale, le débat est ouvert — et il est appelé à s’intensifier dans les mois qui viennent.



