La mort d’Assia Djebar, le 6 février 2015, a été annoncée depuis Paris. L’écrivaine algérienne avait 78 ans. Les informations publiées au moment de son décès évoquaient une longue maladie, sans préciser la nature de celle-ci. Cette retenue laisse une question fréquente sans réponse médicale détaillée : de quoi est-elle morte exactement ? Les éléments publics permettent d’en dire davantage sur les circonstances générales de sa disparition que sur son état de santé.
Une mort annoncée à Paris, après une longue maladie
Assia Djebar est morte à Paris, le vendredi 6 février 2015, à l’âge de 78 ans. Les dépêches et les hommages diffusés après l’annonce de son décès indiquaient qu’elle était décédée « des suites d’une longue maladie ». En revanche, aucune cause médicale précise n’a été rendue publique de façon fiable par ses proches ou par une communication officielle largement documentée.
Il est donc important de distinguer ce qui est établi de ce qui ne l’est pas. La maladie est mentionnée dans les informations contemporaines à sa mort ; son nom, ses symptômes et la durée exacte du traitement ne sont pas précisés. On ne peut dès lors attribuer son décès à une pathologie particulière sans avancer une information non vérifiée.
Cette prudence n’est pas une manière d’éluder la question. Elle répond à une exigence simple : ne pas transformer le silence sur une donnée médicale privée en certitude inventée. Pour Assia Djebar, les circonstances publiques sont sobres : une longue maladie, une mort à Paris et un âge de 78 ans. Le reste appartient à l’intimité de la personne et de ses proches.
Pourquoi la cause exacte reste-t-elle peu documentée ?
La disparition d’une personnalité connue entraîne souvent une recherche immédiate de détails : le nom de la maladie, le lieu de l’hospitalisation, les derniers jours. Pourtant, la notoriété d’une écrivaine ne rend pas son dossier médical public. Dans le cas d’Assia Djebar, les annonces médiatiques ont principalement retenu la formule « longue maladie », sans apporter de précision clinique.
Cette formule indique une affection qui s’inscrivait dans la durée, mais elle ne permet pas de déduire un diagnostic. Elle ne dit pas non plus quand la maladie a été découverte, si l’écrivaine avait été hospitalisée peu avant sa mort ou si son état s’était aggravé soudainement. En l’absence de source solide, mieux vaut laisser ces questions ouvertes que leur donner une réponse séduisante, mais fausse.
La distinction est essentielle à une époque où une information non confirmée peut circuler comme un fait établi. Une recherche sur la cause du décès peut ainsi mener à des affirmations contradictoires. Le repère le plus sûr demeure celui communiqué au moment de sa mort : Assia Djebar est décédée à Paris à la suite d’une longue maladie, dont la nature n’a pas été officiellement détaillée.
Des obsèques en Algérie, à Cherchell
Après son décès en France, Assia Djebar a été inhumée en Algérie, à Cherchell, sa ville natale. Ses obsèques se sont déroulées quelques jours après sa mort, en février 2015. Ce retour vers le lieu de ses origines a donné à l’événement une portée particulière : l’autrice, dont l’œuvre avait longtemps traversé les frontières et les langues, reposait désormais dans cette ville côtière qui avait marqué son enfance.
Cherchell, ancienne cité portuaire de la côte algérienne, n’est pas un simple détail biographique. Assia Djebar y était née le 30 juin 1936, sous le nom de Fatima-Zohra Imalayen. Le nom de plume sous lequel elle est devenue célèbre l’a accompagnée dans une carrière internationale ; celui de sa ville natale rappelle le paysage premier, celui d’où son regard d’écrivaine s’est formé.
Les cérémonies ont également été l’occasion de mesurer l’importance de son héritage dans son pays. Des lecteurs, des responsables et des admirateurs ont salué une figure majeure de la littérature algérienne et francophone. Mais derrière les hommages publics se trouvait une femme dont la vie avait été faite de déplacements, de retours et d’appartenances parfois difficiles à faire tenir dans une seule définition.
Qui était Assia Djebar ?
Assia Djebar était romancière, historienne, essayiste et cinéaste. Née à Cherchell pendant la période coloniale, elle a grandi dans une société traversée par les inégalités et les restrictions imposées aux femmes. Son père, instituteur, l’a encouragée à poursuivre ses études. Elle a fréquenté l’École normale supérieure de jeunes filles à Sèvres, en France, où elle fut l’une des premières étudiantes algériennes admises.
Ce parcours a nourri une œuvre attentive aux voix que l’histoire officielle laisse souvent dans l’ombre. Dans ses romans, Assia Djebar s’est intéressée aux femmes algériennes, à la mémoire coloniale, aux langues et aux tensions entre héritage, liberté et identité. Elle écrivait en français, une langue liée à l’histoire coloniale, mais travaillée par les sons, les souvenirs et les expériences de son pays.
Ce rapport à la langue n’était pas seulement un sujet littéraire. Il constituait aussi une question intime et politique : comment raconter celles qui n’ont pas toujours eu accès à l’écriture publique ? Comment faire entendre une mémoire transmise par la parole, parfois en arabe ou en berbère, dans une langue apprise à l’école ? Assia Djebar ne proposait pas de réponse simple. Elle donnait forme à ces tensions, page après page.
Une œuvre qui rend visibles les voix effacées
Parmi ses livres les plus connus figurent Femmes d’Alger dans leur appartement, paru en 1980, et L’Amour, la fantasia, publié en 1985. Ce dernier fait dialoguer souvenirs personnels, récits de femmes et histoire de la conquête française de l’Algérie. Le résultat ne ressemble pas à une chronique linéaire : les voix se répondent, les époques se superposent, et la mémoire apparaît comme une matière vivante, parfois douloureuse.
Son travail ne se limitait pas au roman. Avec le film La Nouba des femmes du mont Chenoua, sorti en 1978, elle a également exploré le cinéma comme moyen de recueillir des paroles féminines. Ce choix prolongeait une préoccupation centrale de son œuvre : écouter celles dont l’expérience est rarement consignée dans les archives officielles. Une voix, un geste ou un récit familial pouvaient y devenir des fragments d’histoire.
Lire Assia Djebar aujourd’hui, c’est aussi rencontrer une écriture exigeante, qui ne cherche pas toujours à faciliter le parcours du lecteur. Elle passe d’une mémoire à une autre, interroge les silences et refuse de réduire l’Algérie à un récit unique. Cette complexité explique une part de sa force : ses livres ne referment pas les questions, ils apprennent à mieux les poser.
Une reconnaissance internationale exceptionnelle
En 2005, Assia Djebar a été élue à l’Académie française. Elle est devenue la première écrivaine d’origine maghrébine à y entrer, et la première personnalité algérienne à occuper un fauteuil au sein de l’institution. Cette élection a consacré une œuvre déjà largement reconnue à l’étranger et a mis en lumière la place singulière de la langue française dans son parcours.
Cette distinction n’effaçait pas les contradictions de son histoire. Écrire en français, pour une autrice algérienne née sous la colonisation, pouvait être à la fois un héritage, un outil et une source de tension. Assia Djebar n’a jamais traité cette relation comme un choix facile entre deux camps. Elle en a fait une matière littéraire, où la langue de l’écriture pouvait porter les traces d’autres langues et d’autres mémoires.
Elle a aussi reçu de nombreux prix et distinctions au cours de sa carrière. Ces honneurs témoignent de l’ampleur de sa reconnaissance, mais ne résument pas son apport. Celui-ci tient surtout à la façon dont elle a déplacé le regard : vers les femmes, vers les récits transmis à voix basse, vers les blessures historiques qui restent présentes longtemps après les événements.
Ce que l’on sait, et ce qu’il ne faut pas inventer
Les circonstances de sa disparition peuvent se résumer avec précision, à condition de ne pas aller au-delà des informations établies :
Assia Djebar est morte le 6 février 2015, à Paris.
Elle avait 78 ans.
Les annonces publiées à l’époque ont évoqué une longue maladie.
La nature exacte de cette maladie n’a pas été rendue publique de manière fiable.
Elle a été inhumée à Cherchell, sa ville natale, en Algérie.
Ces repères répondent à la question des circonstances sans céder à la spéculation. Ils rappellent aussi que l’information biographique a ses limites : connaître la date et le lieu d’un décès ne signifie pas avoir accès à toute l’histoire médicale de la personne.
Une absence, mais une œuvre toujours présente
La mort d’Assia Djebar a suscité des hommages en Algérie, en France et dans le monde littéraire. Ils saluaient une écrivaine qui avait donné une place centrale aux femmes et à leurs récits, tout en interrogeant les fractures de l’histoire algérienne. Pourtant, l’hommage le plus durable ne tient pas seulement aux discours prononcés après sa disparition. Il se trouve dans les livres, les films et les voix qu’elle a contribué à faire entendre.
Sa mort, après une longue maladie dont le diagnostic n’a pas été rendu public, demeure entourée d’une réserve légitime. Ce que l’on peut affirmer, sans confusion, c’est qu’elle s’est éteinte à Paris à l’âge de 78 ans avant d’être ramenée à Cherchell, sa ville d’origine. Entre ces deux lieux se dessine une trajectoire entière : celle d’une femme qui a voyagé, écrit et filmé pour approcher une mémoire souvent morcelée.
Assia Djebar n’a pas seulement raconté l’histoire. Elle a écouté ses silences. Et si la cause médicale précise de sa mort reste privée, l’empreinte de son œuvre, elle, demeure publique, accessible à chaque lecteur qui ouvre l’un de ses livres.
