À l’approche de la Coupe d’Afrique des nations 2025, une question traverse les conversations des supporters marocains : Sofiane Boufal peut-il encore être l’un des hommes forts des Lions de l’Atlas ? Son nom évoque immédiatement des dribbles courts, des changements de rythme et cette capacité rare à faire basculer une rencontre sur une prise de risque. Mais le football ne vit pas de souvenirs. Pour retrouver une place centrale, l’ailier devra convaincre dans le présent, au milieu d’une génération talentueuse et d’une concurrence dense.
Il faut donc distinguer deux choses : l’importance que Boufal a déjà eue pour le Maroc et le rôle qu’il pourrait tenir lors de la prochaine CAN. Son expérience est précieuse, son talent reste identifiable. Sa sélection, elle, dépendra de critères concrets : son état physique, son temps de jeu, sa forme et les choix du sélectionneur Walid Regragui. À ce stade, parler de certitude serait aller plus vite que les faits.
Un joueur capable de changer le rythme
Boufal possède un profil que les équipes adverses prennent au sérieux. Ailier de formation, il aime recevoir le ballon face au jeu, provoquer son vis-à-vis et créer un décalage par le dribble. Il ne cherche pas toujours la solution la plus prudente. C’est parfois ce qui le rend imprévisible ; c’est aussi ce qui peut ouvrir une défense installée, quand les espaces se font rares.
Dans un tournoi comme la CAN, cette qualité compte. Les matches y sont souvent serrés, les blocs défensifs compacts et les occasions peu nombreuses. Une accélération, un crochet ou une faute obtenue près de la surface peuvent modifier le cours d’une rencontre. Boufal sait susciter ce genre de moments. Il peut attirer deux défenseurs, libérer un partenaire ou provoquer un coup de pied arrêté. Même sans inscrire de but, un ailier créatif peut peser sur un match.
Son jeu comporte toutefois une part de risque. Un dribble manqué peut offrir une transition à l’adversaire ; une action trop individuelle peut ralentir une attaque. Le défi consiste à préserver l’instinct de Boufal sans laisser le jeu se désorganiser autour de lui. La créativité n’est pas l’ennemie de la discipline, mais elle doit trouver le bon moment pour s’exprimer.
Le souvenir marquant de la CAN 2021
Le meilleur argument de Boufal reste son parcours lors de la CAN disputée au Cameroun en 2022, qui correspond à l’édition 2021, reportée en raison de la pandémie. Il avait terminé meilleur buteur marocain du tournoi, avec trois réalisations. Cette campagne a installé son nom parmi les joueurs capables de faire la différence lorsque le Maroc avait besoin d’une étincelle.
Ce souvenir ne constitue pas une garantie pour la prochaine édition. Il montre cependant qu’il connaît les exigences de la compétition : la pression populaire, l’intensité des duels et la difficulté de transformer une domination en occasions nettes. Une CAN ne ressemble pas à une longue saison de championnat. Il faut être prêt à répondre dans un match, parfois après plusieurs jours d’attente, parfois en entrant depuis le banc.
Le parcours de Boufal avec la sélection a aussi connu des interruptions et des périodes plus délicates. Il n’a pas participé à la CAN 2023, organisée en Côte d’Ivoire en janvier et février 2024, après avoir été touché par une blessure. Ce précédent rappelle une réalité moins spectaculaire que les dribbles : pour un joueur dont le jeu repose beaucoup sur les accélérations et les appuis, la condition physique est déterminante.
Un rôle à trouver dans le Maroc de Regragui
Depuis la Coupe du monde 2022, le Maroc a gagné en visibilité et en ambition. L’équipe a montré qu’elle pouvait résister aux grandes nations, défendre avec rigueur et se projeter rapidement. Walid Regragui a également plusieurs options offensives, avec des joueurs capables d’évoluer sur les ailes, entre les lignes ou dans l’axe. Boufal ne serait donc pas appelé à incarner seul la créativité marocaine.
Son rôle dépendrait d’abord du système retenu et des associations choisies. Dans une équipe qui cherche à écarter le jeu, il peut offrir une solution sur un côté et provoquer en un contre un. Face à un adversaire regroupé, il peut aussi se rapprocher de la surface pour combiner avec un latéral ou un milieu offensif. La qualité de ces échanges compte autant que son talent individuel : un dribble devient plus dangereux lorsqu’un partenaire propose immédiatement une solution.
Il pourrait également apporter une expérience utile au groupe. Les jeunes joueurs découvrent parfois la CAN avec l’envie de tout accélérer. Un international qui a déjà connu la compétition sait que le calme peut être aussi décisif que l’énergie. À condition, bien sûr, que cette expérience s’accompagne d’un rôle clair et d’une condition physique satisfaisante.
Ses chances : du talent, mais aucune place garantie
La question n’est pas seulement de savoir si Boufal est assez talentueux pour rejoindre la sélection. Elle est de déterminer ce qu’il peut apporter de plus que les autres options disponibles. Une liste de tournoi est limitée ; chaque choix implique un équilibre entre les postes, les profils, l’expérience et la capacité à tenir plusieurs rôles. Le sélectionneur devra aussi considérer la forme observée en club, plutôt que la réputation seule.
Pour Boufal, trois éléments pèseront particulièrement :
- Son état physique : enchaîner les entraînements et les matches sans rechute sera essentiel.
- Son temps de jeu : un joueur régulièrement utilisé arrive généralement avec davantage de repères et de rythme.
- Son efficacité collective : créer des occasions, servir ses partenaires et participer aux efforts défensifs renforcera son dossier.
La concurrence constitue un autre facteur. Le Maroc dispose de plusieurs joueurs de qualité dans les secteurs offensifs. Certains apportent de la vitesse, d’autres de la puissance ou une meilleure capacité à jouer dans l’axe. Boufal a un avantage distinctif lorsqu’il est en forme : sa faculté à déséquilibrer un défenseur dans un espace réduit. Mais un sélectionneur ne choisit pas seulement le joueur le plus spectaculaire. Il cherche des solutions adaptées à des scénarios différents.
Il est donc possible que Boufal ne soit pas titulaire à chaque rencontre, même s’il figure dans le groupe. Dans un tournoi, le banc n’est pas un rôle secondaire : il peut devenir un levier tactique. Entrer à l’heure de jeu contre une défense fatiguée, c’est parfois trouver des espaces qu’un titulaire n’avait pas vus. Pour un joueur de percussion, quelques minutes bien choisies peuvent compter davantage qu’un match entier sans liberté.
Ce que Boufal pourrait apporter lors des matches serrés
Le Maroc peut rencontrer des adversaires qui lui laissent peu de profondeur et protègent leur surface avec plusieurs lignes. Dans ces circonstances, le jeu collectif doit déplacer le bloc, mais il faut parfois un geste individuel pour rompre l’équilibre. Boufal peut provoquer une faute, réussir un centre en retrait ou attirer un défenseur hors de sa zone. Ces actions ne font pas toujours la une, mais elles créent les conditions d’une occasion.
Il pourrait aussi aider à conserver le ballon sous pression. Grâce à sa technique, il est capable de protéger la possession et de faire remonter le bloc. Là encore, l’objectif n’est pas de dribbler à tout prix. Une passe simple après avoir fixé un adversaire peut être plus utile qu’une tentative supplémentaire. Le joueur qui sait quand accélérer devient plus difficile à lire que celui qui accélère à chaque ballon.
Sur coups de pied arrêtés, sa capacité à obtenir des fautes peut également apporter une option. Dans les rencontres où les occasions franches manquent, un coup franc bien placé ou un corner bien exploité peut peser lourd. Ce n’est pas une stratégie suffisante à elle seule, mais les tournois se jouent souvent sur des détails que l’on remarque surtout après le coup de sifflet final.
Le principal enjeu : durer
Le talent de Boufal n’a jamais été le sujet le plus difficile à établir. La question est plutôt celle de la continuité. Pour être un élément important d’une CAN, il faut pouvoir répéter les efforts, encaisser les contacts et répondre présent d’un match à l’autre. Une préparation réussie et une saison suffisamment régulière donneraient au Maroc davantage de raisons de compter sur lui.
Il devra aussi accepter une mission qui ne se résume pas aux gestes offensifs. Le football international impose des retours défensifs, une attention constante et une capacité à respecter le plan de jeu. Boufal peut rester un joueur d’instinct tout en contribuant au travail collectif. Cette complémentarité serait déterminante pour convaincre le staff et rassurer ses partenaires.
Les supporters, de leur côté, peuvent espérer retrouver l’ailier capable de faire lever un stade, sans confondre espoir et annonce officielle. Tant que la liste définitive n’est pas connue, sa présence demeure incertaine. Et même s’il est retenu, son temps de jeu dépendra de la forme du moment et des choix tactiques. La prudence n’enlève rien à l’intérêt du scénario ; elle permet simplement de regarder la compétition avec les yeux ouverts.
Une carte précieuse, si les conditions sont réunies
Boufal a déjà prouvé qu’il pouvait apporter au Maroc de la créativité et des buts dans une grande compétition. Son expérience de la CAN et sa capacité à éliminer un adversaire sont de véritables atouts. Mais l’édition 2025 ne se gagnera pas sur le souvenir d’un tournoi précédent. Il lui faudra arriver en forme, retrouver du rythme et s’intégrer à un collectif qui dispose d’autres solutions offensives.
S’il répond à ces exigences, il pourrait devenir une arme utile : titulaire dans certaines configurations, remplaçant influent dans d’autres, ou joueur chargé de débloquer une rencontre fermée. Ce serait peut-être là le rôle le plus réaliste et le plus intéressant. Dans un tournoi aussi exigeant, toutes les contributions ne se mesurent pas au nombre de minutes disputées. Parfois, il suffit d’un dribble juste, au bon endroit et au bon moment, pour rappeler pourquoi le Maroc continue d’attendre beaucoup de Sofiane Boufal.
