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Procès Regeni : des défenseurs des 007 avancent des théories hallucinantes — ce qu’il faut retenir des plaidoiries qui secouent Rome

Procès Regeni : les défenses avancent des théories improbables et accusent le « complot » du pouvoir égyptien

Dans l’aula bunker de Rebibbia, à Rome, ont débuté les plaidoiries finales des avocats des quatre agents égyptiens poursuivis pour l’enlèvement, la torture et l’assassinat de Giulio Regeni. Après les réquisitions du parquet — dont une demande de réclusion à perpétuité pour Magdi Sharif et des peines lourdes pour les trois autres — les lignes de défense tracées aujourd’hui ont étonné par leur ton et par la portée des allégations avancées. Plutôt que d’accepter la thèse d’un acte commis par des services de sécurité, certaines interventions ont tenté de renvoyer la responsabilité vers des « groupes terroristes » ou d’innocenter l’État égyptien en affirmant une collaboration officielle du Caire avec les autorités italiennes.

Les grandes lignes des plaidoiries des avocats

Les conseils des accusés ont joué plusieurs cartes :

  • nier tout implication des services égyptiens et soutenir qu’il n’y avait aucun intérêt pour le régime d’Al‑Sissi à détériorer ses relations avec l’Italie ;
  • renvoyer la responsabilité vers « des groupes terroristes » qui, selon eux, auraient voulu saboter la politique énergétique entre l’Italie et l’Égypte ;
  • contester la fiabilité de certains témoins et dénoncer ce qu’ils qualifient de « interprétations suggestives » relayées par la presse et l’accusation.
  • Ces thèses ont été portées par les avocates Paola Armellin, Filomena Pollastro, Tranquillino Sarno et, pour conclure, Annalisa Ticconi pour l’un des prévenus. Elles visent à créer un doute raisonnable quant à l’identité des auteurs et à l’existence même d’une chaîne de commandement reliant les actes aux organes de l’État égyptien.

    Des arguments réfutés par le parquet

    Pour le ministère public, la reconstitution des faits étayée par les enquêtes italiennes et des témoignages concordants désigne au contraire une série d’opérations de désinformation orchestrées par des acteurs liés à l’appareil égyptien. Les procureurs ont rappelé l’existence d’opérations de déviation des enquêtes (les fameux « depistaggi ») et des manœuvres visant à protéger les responsables, thème central qui nourrit la thèse de la responsabilité étatique. Les avocats ont répondu en niant, parfois de manière véhémente, ces éléments, accusant la presse et l’accusation d’avoir construit des « narrations » plutôt que de s’en tenir à des preuves strictes.

    Des hypothèses surprenantes et des invectives politiques

    Les plaidoiries ont parfois pris des accents invraisemblables : certains avocats ont évoqué des résurgences d’anciennes pistes — y compris des allusions à des ingérences étrangères ou à des responsabilités indirectes — que l’enquête et la procédure avaient déjà écartées. D’autres interventions ont versé dans la diatribe politique, critiquant la présence de personnalités publiques dans l’audience ou dénonçant une instrumentalisation médiatique du dossier. Ces éléments témoignent d’une stratégie de défense qui cherche à multiplier les zones d’incertitude plutôt qu’à apporter une explication alternative cohérente et étayée.

    La question des témoins égyptiens et de leur sécurité

    Un point sensible du procès a été la non‑comparution de plusieurs témoins égyptiens pour des raisons de sécurité, certains ayant déposé derrière un paravent ou via des dispositifs de protection. Les avocats de la défense ont contesté la valeur probante de ces témoignages, arguant de leur manque de crédibilité ou de leur caractère « suggestif ». À l’inverse, l’accusation a souligné que ces dépositions, même protégées, constituaient des éléments cruciaux corroborant la piste qui conduit vers des responsables des services égyptiens et les tentatives de couverture qui ont suivi.

    La stratégie de minimisation : culpabilité individuelle vs responsabilité étatique

    La défense a tenté de circonscrire la responsabilité aux seuls individus poursuivis, refusant toute extension de la culpabilité à l’État égyptien. Elle soutient que ni le président Al‑Sissi ni aucun appareil d’État ne sont impliqués, et que les éléments d’enquête n’établissent pas de liens probants. Cette logique de « responsabilité individuelle isolée » vise à couper court à la thèse du complot institutionnel, mais bute sur la multiplicité des indices et sur le contexte international décrit par l’accusation.

    Les tensions diplomatiques et la mémoire publique

    Le procès Regeni n’est pas qu’un dossier judiciaire : il s’enracine dans une mémoire politique et diplomatique sensible. Les plaidoiries d’aujourd’hui rappellent combien la vérité judiciaire se joue aussi au croisement des enjeux internationaux. Les tentatives de disculpation par des récits alternatifs ne satisfont ni la famille, ni une opinion publique en quête de vérité sur ce drame qui a durement marqué les relations italo‑égyptiennes.

    La famille Regeni et l’attente d’une décision

    La famille de Giulio Regeni a assisté aux débats, espérant que la procédure aboutira à une clarification et à une reconnaissance des responsabilités. Pour les proches, la quête de vérité est une nécessité morale autant que judiciaire. Après les plaidoiries de la défense, la dernière intervention est attendue avant la décision qui devrait intervenir à la rentrée. L’émotion et l’impatience restent vives : la famille répète qu’elle souhaite « faire un pas » vers la vérité, une attente partagée par une large partie de l’opinion publique.

    Points à surveiller dans la suite du procès

  • La clôture des plaidoiries et la date fixée pour le verdict, attendue après l’été ;
  • La capacité du tribunal à trancher entre les versions contradictoires, au‑delà des stratégies rhétoriques ;
  • L’éventuel retentissement diplomatique selon la décision rendue ;
  • Les réactions des organisations de défense des droits humains et de la communauté internationale sur la portée de la sentence.
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