Roblox visé par une enquête aux Pays‑Bas : la plateforme menace‑t‑elle vraiment la sécurité des enfants ?
L’autorité néerlandaise ouvre une enquête sur Roblox : quelles protections pour les mineurs ?
L’Authority for Consumers and Markets (ACM) des Pays‑Bas a annoncé l’ouverture d’une enquête officielle visant la plateforme Roblox, invoquant le Digital Services Act (DSA) de l’Union européenne. Objet de l’attention : la capacité de la plateforme à mettre en œuvre des mesures effectives pour protéger les utilisateurs mineurs. À l’heure où les mondes virtuels deviennent des espaces de socialisation massifs pour les enfants, cette procédure illustre l’effort des régulateurs pour faire rimer innovation numérique et protection des droits fondamentaux.
Pourquoi Roblox est dans le viseur des autorités ?
Roblox est une plateforme hybride : à la fois espace de jeux, laboratoire de créations par les utilisateurs et réseau social. Elle est particulièrement populaire auprès des enfants et des adolescents. Or, plusieurs problématiques ont été signalées auprès de l’ACM : la présence de contenus violents ou explicites dans certaines « expériences », la facilité avec laquelle des adultes malintentionnés peuvent entrer en contact avec des mineurs, et l’usage de techniques de persuasion commerciale — les fameux « dark patterns » — pour pousser à des achats intégrés.
Récemment, Roblox a introduit une vérification d’âge pour l’accès aux chats ; l’ACM et d’autres acteurs pointent cependant la vulnérabilité de ces mécanismes, qui peuvent être contournés par de jeunes utilisateurs. C’est précisément face à ces failles potentielles que le DSA exige des plateformes, quelle que soit leur taille, des mesures proportionnées pour garantir un niveau élevé de protection des publics vulnérables.
Le cadre juridique : le DSA en action
Le Digital Services Act a pour ambition d’instaurer des obligations nouvelles en matière de gouvernance des contenus, de transparence et de sécurité sur les services en ligne. Même si Roblox n’a pas été classée VLOP (Very Large Online Platform), elle reste tenue à des règles qui s’appliquent à l’ensemble des services numériques. L’ACM a évalué des éléments recueillis lors d’une phase préliminaire d’information et a estimé qu’ils justifiaient une enquête approfondie. Celle‑ci pourra durer jusqu’à 12 mois et déboucher, si des manquements sont établis, sur des remèdes ou des sanctions.
Les risques concrets identifiés
La réponse de Roblox et les enjeux opérationnels
Roblox a réagi en rappelant son engagement à respecter le DSA et en précisant qu’elle fournirait à l’ACM toutes les informations nécessaires sur les politiques et dispositifs de sécurité déjà en place. La plateforme met en avant des outils de modération, des paramètres de contrôle parental, et des processus de signalement. Néanmoins, le régulateur souhaite vérifier l’efficacité réelle — sur le terrain — de ces dispositifs. Car l’écart entre politique annoncée et application pratique est souvent là où résident les problèmes.
Mesures techniques et organisationnelles à évaluer
Impact potentiel pour l’écosystème numérique
Cette enquête ne vise pas seulement une entreprise californienne : elle indique une tendance plus large des autorités européennes à exiger des plateformes qu’elles anticipent et réduisent les risques pour les mineurs. Les conséquences peuvent être multiples : obligations renforcées, adaptation des interfaces utilisateur, ou encore recours à des certifications tierces sur les mesures de protection. À terme, la balance entre innovation et sécurité devra être réglée par des solutions techniques, des bonnes pratiques et, si besoin, un encadrement juridique plus précis.
Ce que doivent surveiller les parents et éducateurs
Perspectives
Si l’enquête confirme des manquements, elle peut conduire Roblox à revoir en profondeur certains aspects de sa plateforme — et servir d’exemple pour d’autres acteurs. Mais au‑delà de la seule responsabilisation des plateformes, l’enjeu reste sociétal : comment protéger une génération qui grandit dans des espaces numériques de plus en plus immersifs ? Le DSA fournit des outils, mais la réponse demande aussi une coordination entre industriels, régulateurs, familles et acteurs éducatifs.



